Histoire de la race par Lubomir Smyczinski et Patrick Delacroix

Peu de gens connaissent cette race. Elle ne fut reconnue officiellement par la FCI que le 5 Octobre 1963.
Concernant son origine, on peut affirmer que la race vient de Pologne, probablement issue, par la migration des peuples, de la même race canine qui est représentée en Hongrie par le Puli, Pumi ou le Komondor, en Angleterre par le Botail ou le Bearded Collie et qui se retrouve également en Russie dans le berger Russe, beaucoup plus grand, de même que le terrier Tibétain qui à part le nom n'a rien d'un terrier mais est un petit chien de berger. Certains affirment que le Pon est issu d'un croisement entre le Puli Hongrois et le Hun Herding dog (chien de berger des Huns)


Aujourd'hui, la patrie de ce chien est centrée sur la côte Polonaise et les régions au sud de celle-ci.
Dans l'arrière pays Polonais on retrouve souvent des chiens de cette race chez les paysans comme chiens de garde ou pour surveiller les troupeaux. Mais également hors de centre du pays jusque dans la région de Lublin, on trouve ça et là des PONs chez les paysans. Comme beaucoup d'autres races du terroir, il ne fut au début ni élevé ni considéré par les cynophiles.

Après la première guerre mondiale, un petit cercle de cynophiles passionnés a commencé à promouvoir cette race et ça et là apparurent des spécimens isolés dans les expositions canines et les foires agricoles. A ce moment, un recensement comptait seulement 150 PONS survivants en Pologne. Dans les expositions, ils étaient toujours supplantés par d'onéreux chiens d'importation et considérés comme des "cendrillons" d'origine inconnue.

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, alors que les chiens de pure race avaient presque disparu et les carnets d'élevage étaient détruits, les gens qui retrouvaient une vie normale ne voulurent pas renoncer à la compagnie du chien . Des chiens de race avec pedigree étaient rares, les devises avaient d'autres destinations que l'importation de chien de luxe. Les amateurs de chiens devaient se débrouiller seuls. Ce fut le cas de notre modeste chien de paysan qui, discrètement, avait miraculeusement survécu au chaos de la guerre.On ne recensait alors que deux mâles et six femelles ayant survécu.

L'association des cynophiles et particulièrement la section de Bydgoszcz s'est intéressée à la race en 1948. Raisonnablement on n'a pas tenu de doctes discours sur l'origine et le standard, mais on s'est réjoui du fait qu'il existait une race de chien intéressante. Précisons qu'on a tout d'abord voulu scinder la race en trois catégories de tailles : le Maly, 35.5 cm ou moins ; le Sredni, de 40.5 cm à 47 cm ; et le Duzy Ponad, plus de 48 cm.
Plus tard, on a privilégié la taille moyenne (40-50 cm).

Dans la pratique, les chiens étaient notés avec beaucoup de tolérance s'ils étaient typés, bien proportionnés et possèdaient la démarche typique d'un ours.

De ces quelques PONs survivants, Madame Hyrniewicz (élevage Kordegardy) utilisa en 1949 Kurta et Laczka, appartenant à une berger. La portée ne donna qu'un chiot qu'on appela SMOK z Kordegardy. Smok fut élevé chez un berger afin d'acquérir l'éducation spécifique au PON. En 1955, Madame Hyrniewicz acheta deux chiots à Mme Kusionowicz (Dukat et Diuna z Babiejwsi), ainsi qu'une chienne issue d'une famille Polonaise : Wiga. Ces chiens sont à l'origine du célèbre élevage Kordegardy.

Ainsi furent organisés plusieurs présentations dans différentes expositions de même que de petites manifestations réservées à la race.
Parfois il était assez drôle de voir l'état négligé dans lequel étaient présentés au jury de confirmation différents spécimens, par des amoureux de la race venant de villages les plus reculés. Certains étaient recalés, d'autres confirmés.
Vint alors le grand événement pour les éleveurs, lorsqu'à l'exposition de Bydgoszcz où apparut l'inoubliable " SMOK Z KORDEGARDY " avec trois autres Pons du même élevage.
Il était en effet à tous les points de vue (y compris morphologiquement) le chien modèle et la race fut codifiée d'après lui.
Les éleveurs et amis de la race décidèrent de bâtir un élevage sur ce chien.
Il fut pratiquement nommé aïeul 1 , saillit différentes chiennes d'origines diverses et toujours avec une grande réussite. Plus tard il saillit ses filles et ses cousines. Cette méthode incestueuse s'avéra pleine de succès, les portées étaient en peu de temps très harmonieuses et beaucoup de descendants ressemblèrent à l'aïeul.
SMOK malheureusement ne vit plus depuis très longtemps, mais dans l'élevage, sa lignée est conservée et cultivée.

En tant que chien de garde et de berger, il a un sens inné pour défendre et protéger tout ce qui appartient à "sa famille". Il est vigilant mais n'est pas un roquet. Comme défenseur, il ne peut, bien sur, remplacer un rottweiler ou un boxer, mais il peut faire fuir un voleur occasionnel. Et si on le dresse à la défense, il peut faire ses preuves. Il est extraordinairement intelligent et obéissant. Il peut également être formé comme limier car il a un bon nez. On ne peut lui demander d'être un chien d'arrêt car ceci aucun de ses ancêtres ne l'a fait. Néanmoins, il peut être un "retriever" car c'est un apporteur passionné à terre et à l'eau.
Néanmoins, il n'est pas fait pour un élevage de masse car il supporte mal de n'être pas en contact étroit avec "sa famille" et de plus, pour des motifs jusqu'à ce jour indéterminés, il n'est pas très fécond (2 à 4 chiots en moyenne par portée).Son élevage et son éducation sont aisés, mais nécessitent un soin quotidien de son pelage afin que son poil ne feutre pas et n'abrite pas de parasites.
En bref c'est un chien de compagnie pour tout le monde.

Espérons qu'il trouvera des amis et éleveurs à l'extérieur de sa patrie et qu'il recueillera des lauriers dans de nombreuses expositions internationales.
A l'étranger, le "Polski Owczarek Nizinny" a été exposé pour la première fois en 1963 à Budapest .

Lubomir SMYCZINSKI et Patrick DELACROIX